Étape 1 : Exploration

SCÉNARIOS

HISTOIRE DE LEILA

Leila s’aperçoit que les femmes qui remportent du succès que l’on dépeint dans les médias sont belles et minces. Elle associe le succès d’une femme à ces traits physiques. Elle est donc déterminée à maigrir. Elle commence à jeter les repas que sa mère lui prépare pour le dîner.

L’enseignant de Leila a remarqué l’attitude de certaines filles dans sa classe. Il décide de faire un projet sur le genre pour tous les élèves qui désirent y participer. Il essaie de trouver des images de vraies femmes occupant une variété de professions. Il demande aux élèves de créer un collage avec les photos qu’il a apportées et d’écrire sur chaque photo le rôle professionnel que joue la femme. L’enseignant lance ensuite une discussion pour recueillir les réactions des élèves au sujet de l’activité. Il affiche le travail de collage dans la classe.

L'HISTOIRE DE JOSÉE

Josée est une élève de 11e année. Elle a confiance en elle et prend ses études au sérieux. Dans son cours d’études sociales, l’enseignant lance l’idée d’un débat. Les élèves forment des équipes de deux. Une personne parlera en faveur d’un concept, l’autre contre. Josée est très enthousiasmée par ce projet. Elle a choisi le thème « action affirmative » et argumentera qu’il est important d’en faire une politique sociale. Elle est jumelée à Bruno, un garçon amusant, populaire et nonchalant. Elle a fait beaucoup de recherches dans Internet et est excessivement bien préparée pour le débat.

Pendant le débat, tout le monde se rend compte que Josée en sait beaucoup plus que Bruno. Bruno ne s’est pas bien préparé et n’arrive pas à donner la réplique à Josée. Il est gêné et il se met à faire des blagues et à ridiculiser le processus, faisant rire les autres élèves. Josée continue d’argumenter, mais lorsqu’elle s’aperçoit que Bruno ne prend pas le débat au sérieux, elle exprime sa frustration en disant : « Si tu ne prends pas le débat au sérieux, je ne vais pas perdre mon temps. » Et elle retourne à sa place, mettant ainsi fin au débat.

À la fin du cours, une fois que l’enseignant a quitté les lieux, Bruno l’aborde en disant : « Quel est ton problème? Es-tu une espèce de casse-couilles? » Josée est complètement stupéfaite. Bruno s’éloigne avec son groupe d’amis, en riant. Plus tard, Josée entend d’autres élèves parler de l’incident. « Elle était tellement chienne », dit un des élèves, « Oui, elle était tellement agressive envers lui. Elle n’arrêtait pas de parler et ne laissait aucune chance au pauvre gars de placer un mot », disait un autre. « Je ne sais pas pour qui elle se prend. Elle devrait être moins intense, elle devrait avaler une pilule », s’est exclamé un troisième élève. « Elle est tellement agressive et dominatrice! J’ai de la peine pour son petit ami. »

Josée est dévastée mais en même temps mystifiée par l’attitude de ses camarades. Cela n’a aucun sens à ses yeux. Elle décide d’en parler à ses amies les plus proches.

Ses copines lui disent de laisser tomber. Josée refuse, affirmant qu’elle a le droit de se fâcher. « Si j’en sais plus que Bruno parce que j’ai travaillé plus fort, pourquoi ne devrais-je pas le montrer? Parce que je suis une fille, je ne suis pas supposée parler plus qu’un gars? Ou me fâcher s’il rit et ridiculise un sujet qui est important pour moi? Ce n’est pas juste. Personne n’aurait réagi comme cela si j’étais un garçon. » Les filles se regardent. Elles sont secouées par le ton et les paroles de Josée. « Pardon Josée » lui a dit son amie Julie. « Tu as raison, ils n’auraient probablement pas réagi de cette façon si tu étais un garçon. » À partir de ce moment, Josée décide de ne plus jamais laisser personne lui dire de se taire au sujet des choses qui sont importantes pour elle.

(Ces scénarios sont tirés du projet Bien-être à l’école développé par le COPA en partenariat avec la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Voir bienetrealecole.ca.)

QUESTION DE RÉFLEXION :

Quels changements seraient nécessaires au sein de votre école pour prévenir que des situations semblables se reproduisent. Quel rôle pourriez-vous jouer pour contribuer à effectuer ces changements?

FILM : TÉMOIGNAGE SUR LES RELATIONS SAINES ET ÉGALITAIRES DANS LE MILIEU SCOLAIRE

Légende : Le témoignage de Jan, un enseignant dans une école de langue française en Ontario qui parle des relations saines et égalitaires entre filles et garçons, femmes et hommes, dans le milieu scolaire.


FILM : DEVENIR UN ALLIÉ

Légende : Témoignages de Nico, Chris et Serge explorant les causes sociales et les manifestations de l’iniquité envers les femmes ainsi que des pistes pour devenir des alliés en faveur de l’équité.


Prévenir la violence contre les femmes : promouvoir l’équité

Les efforts pour promouvoir des relations saines et égalitaires entre les femmes et les hommes et prévenir la violence sexiste auront des retombées plus profondes et à plus long terme s’ils abordent la racine du problème : l’iniquité.

De la tolérance à la défense des droits

Une personne qui joue le rôle d’allié lutte pour assurer l’équité entre les femmes et les hommes et d’autres groupes sociaux où il existe un déséquilibre du pouvoir. Différente de l’égalité, l’équité se définit de la manière suivante : « Un traitement juste, inclusif et respectueux de chaque personne. L’équité n’implique pas qu’il faut traiter toutes les personnes de la même façon sans tenir compte des différents besoins et d’autres différences individuelles. » (Définition tirée du guide « Promouvoir l’équité et l’éducation inclusive dans nos écoles : Guide du personnel enseignant », publié en 2010 par le COPA en partenariat avec la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario.)

Pour promouvoir l’équité, il importe d’aller au-delà de la simple « tolérance » des différences. La personne tolérante est consciente de la diversité et voit une différence chez les autres.

  • Cela exige peu d’engagement de sa part.
  • Elle fait le minimum d’effort.
  • Elle ne joue qu’un rôle d’observatrice.

La personne qui joue le rôle d’alliée fait la promotion de la diversité, défend le droit à la différence et s’affirme contre les injustices.

  • Cela exige un engagement de sa part.
  • Elle se doit d’être proactive et positive dans ses interactions.
  • Elle pose des gestes pour être agente de changement et pour trouver des stratégies efficaces.

Les personnes qui jouent le rôle d’alliées font la promotion de l’équité en faveur des femmes et luttent pour éradiquer la violence faite aux femmes. Elles tiennent à changer la façon dont la société a organisé le pouvoir entre les femmes et les hommes sur le plan collectif.

Le changement social

Le changement social est défini comme « toute transformation observable dans le temps, qui affecte, d'une manière qui ne soit pas que provisoire ou éphémère, la structure ou le fonctionnement de l'organisation sociale d'une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire » (Rocher, 1986). Le changement social suscite :

  1. des transformations qui touchent tous les membres d’une collectivité et non une seule personne;
  2. des changements qui peuvent être d’ordre économique, culturel ou politique;
  3. des changements qui ont un caractère irréversible et influencent le fonctionnement de la société dans son ensemble (Rogel, 2003).

Le changement social peut être fait à l’aide d’une mobilisation communautaire visant à sensibiliser les gens et à les amener à travailler ensemble vers l’atteinte d’un but commun.

L’école constitue un microcosme de notre société. Ses membres sont influencés par notre culture. Ken Rigby (1998) a arrêté trois préalables pour réduire les possibilités d’intimidation et intégrer la prévention d’une telle forme de violence dans la philosophie de l’école. Il est nécessaire qu’il existe au sein de la communauté scolaire (chez le personnel enseignant, les élèves et les parents, tutrices et tuteurs) :

  1. Une reconnaissance que l’intimidation existe dans l’école à grande échelle.
  2. La conviction que l’intimidation peut avoir des conséquences graves.
  3. Un optimisme quant aux résultats atteignables si l’école applique de nouvelles politiques et pratiques visant à réduire l’intimidation.

Ces préalables peuvent servir de lignes directrices utiles pour lancer un processus de changement culturel dans l’école. On peut également s’inspirer de ces préalables en les appliquant à d’autres contextes dans lesquels on souhaite créer des conditions propices au changement. Il s’agit des premières étapes à suivre pour mobiliser une collectivité ou un groupe de personnes pour qu’elles travaillent ensemble dans le but de résoudre un problème.

Les efforts visant à apporter un vaste changement social pour prévenir la violence faite aux femmes et promouvoir l’équité en faveur des femmes s’inscrivent dans le cadre d’activités qui peuvent être perçues comme étant d’orientation « féministe ».

Qu’est-ce que le féminisme au juste?

Le mouvement féministe, appuyé par les personnes qui s’identifient comme étant féministes (ou « proféministes »), réfute l’idée de la conception « naturelle » de ce que c’est d’être une femme ou un homme. Cette conception met les individus dans des carcans et leur impose des comportements et des façons d’être qui peuvent souvent les vulnérabiliser (s’il s’agit d’une femme) ou avaliser une dominance quelconque (s’il s’agit d’un homme). De telles normes sociales limitent le plein épanouissement d’une personne en tant qu’être humain.

Le proféminisme soutient les points de vue et les buts du féminisme, sans pour autant présumer que la personne qui accorde son soutien est membre du mouvement féministe. On se sert le plus souvent du terme en référence aux hommes qui soutiennent activement le féminisme et aux efforts visant à promouvoir l’équité en faveur des femmes et des genres.

Le féminisme représente une force positive puisque sa vision est inclusive. À partir d’un point de vue féministe, nous sommes en mesure de reconnaître le déséquilibre du pouvoir entre les femmes et les hommes, les enfants et les adultes et d’autres groupes sociaux.

Le carcan « genré » ciblé par la pensée féministe suggère que pour apporter un changement, il est essentiel d’engager les hommes dans la lutte en faveur de l’équité sociale entre les sexes. En effet, l’engagement des hommes dans le mouvement féministe comporte de nombreux avantages :

  • la possibilité de se libérer des rôles restrictifs assignés au sexe;
  • la possibilité de transmettre le message essentiel du féminisme concernant l’importance de l’équité;
  • la création d’une société plus juste et égale où chaque personne se sentira respectée et aura sa place;
  • l’augmentation du nombre de lieux sécuritaires pour les femmes et les membres d’autres groupes vulnérables;
  • la possibilité que les hommes luttent contre l’homophobie, les comportements sexistes et les agressions contre les femmes;
  • une source de soutien mutuel entre hommes, et entre hommes et femmes qui dénoncent les normes sociales associées à une forme de masculinité traditionnelle et aux privilèges sociaux qui y sont associés;
  • présence de modèles accessibles pour les garçons et les jeunes hommes qui donnent l’exemple de relations saines et égalitaires.

En somme, la visée du féminisme est d’augmenter le nombre de personnes qui ont la possibilité d’influencer le parcours de leur propre vie en ayant un meilleur accès au pouvoir politique et social collectif. À la longue, le féminisme vise à créer des conditions sociales permettant à toutes et à tous de combler leurs besoins et de jouir pleinement de leurs capacités, de leurs talents et de toute la gamme de leurs traits de caractère.

Ressources consultées

Rigby, Ken (1998). Bullying in Schools and What to Do About it. Pembroke Publishers Ltd.

Rocher, G. (1986). Introduction à la sociologie générale, Tome 3 : Le changement social. Le Seuil.

Rogel, T. (2003). Le changement social contemporain. Édition Boréal.