Étape 1 : Exploration

Comment le déséquilibre du pouvoir se vit-il au quotidien?

SCÉNARIOS

L'HISTOIRE DE BENOÎT

Benoît, 25 ans, enseigne la 11e année dans une école secondaire d’une grande ville. Il est gai mais il ne l’a jamais dit à ses collègues. Ceux-ci s’imaginent donc qu’il ne sort pas avec une fille parce qu’il n’a pas encore rencontré l’amour de sa vie. Ils le taquinent de bonne foi au sujet de ses collègues féminines. Chaque lundi matin, ils lui demandent s’il a rencontré une fille pendant la fin de semaine. Son « secret » fait en sorte que Benoît ne se sent jamais tout à fait à l’aise avec ses collègues. Il évite de parler de sa vie personnelle. Il a toujours peur de dire quelque chose qu’il va regretter. Ses collègues pensent qu’il est tout simplement timide et peut-être un peu trop sérieux.

Récemment, Benoît a rencontré un homme et a commencé à le fréquenter. Il est très heureux et pense être en amour. Il trouve les journées de plus en plus difficiles parce qu’il n’arrive plus à rire des plaisanteries de ses collègues comme avant. Il se sent obligé de mentir sur ses sorties de fin de semaine pour cacher sa nouvelle relation. Son niveau de stress monte et il est de plus en plus mal à l’aise au travail.

L’année scolaire est terminée et Benoît passe un bel été à voyager avec son copain. Pour la première fois de sa vie, il peut dire ouvertement qu’il est gai. Juste avant la rentrée, Benoît est anxieux parce qu’il sait qu’il va avoir de plus en plus de difficulté à cacher son orientation sexuelle.

En arrivant au salon du personnel le premier jour d’école, Benoît rencontre la nouvelle femme qui s’est jointe au personnel. Nadia est une enseignante expérimentée qui a confiance en elle-même. Elle vient d’emménager dans le quartier avec sa partenaire. Elle charme rapidement tous ses collègues avec ses histoires de famille - sa conjointe Rita et ses trois enfants. Benoît observe silencieusement la réaction de ses collègues au moment où ils découvrent que Nadia est lesbienne. Il se rend compte qu’ils sont initialement surpris mais qu’ils semblent pouvoir mettre leur sentiment de côté et accepter la situation de leur nouvelle collègue.

Le lendemain, Benoît s’approche de Nadia. Il lui parle tout bonnement de ses vacances d’été avec son copain. Benoît peut voir que Nadia a compris qu’il est gai et qu’il se sent isolé. Au fil des semaines, Benoît et Nadia apprennent à se connaître et Benoît se sent de plus en plus fort. Un jour, alors qu’il est dans le salon du personnel enseignant, il trouve le courage de mentionner son copain. Certains de ses collègues sont si stupéfaits qu’ils baissent les yeux et continuent à parler.

Benoît et Nadia songent à aller voir la direction pour demander qu’on invite une animatrice ou un animateur d’un groupe communautaire local à venir présenter un atelier de sensibilisation au sujet de l’homophobie.

L'HISTOIRE DE ZOÉ

Zoé est une élève de 10e année. Elle raconte à son ami que son professeur l’a insultée et gênée devant toute la classe. « Il m'a dit que j'étais paresseuse et bonne à rien parce que j'ai oublié de faire signer ma feuille de retard au bureau.

Ce n'est pas la première fois non plus. Chaque fois qu'on fait une erreur, il se met à faire un sermon en disant que les jeunes d’aujourd’hui perdent leur temps devant l'ordinateur et que nous ne sommes pas capables de faire quoi que ce soit de bon. »

(Ces scénarios sont tirés du projet Bien-être à l’école développé par le COPA en partenariat avec la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Voir bienetrealecole.ca.)

QUESTION DE RÉFLEXION :

Comment le manque de pouvoir (ou le statut social moins élevé) se manifeste-t-il dans la vie de tous les jours?

Film : J'ai quelque chose à dire

Légende : La vidéo J'ai quelque chose à dire traite de l’importance de promouvoir l’équité et l’éducation inclusive en milieu scolaire. Grâce à des témoignages émouvants d’adultes et de jeunes, on apprend de quelle façon les différences fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, les origines ethnoculturelles et le statut d’immigration peuvent entraîner des problèmes d’iniquité et d’exclusion sociale. On propose des stratégies pour promouvoir le respect des différences et des droits. Aucun manuscrit n’a été utilisé pour réaliser cette vidéo.

Le pouvoir

En règle générale, les personnes en position de pouvoir organisent la société (consciemment ou non) de façon à refléter leur vision de ce qui est important (par exemple, leurs intérêts, leurs expériences, leurs priorités et leurs besoins). Avoir plus de pouvoir qu’une autre personne peut donner certains privilèges. Cela est particulièrement vrai lorsqu’on fait partie d’un groupe social dominant.

Individuellement, les membres du groupe social dominant auraient tendance à prendre des décisions, à faire des choix, à poser des gestes et à faire bouger les choses dans leur propre intérêt. En quelque sorte, collectivement, ces gens façonnent la société à leur image. Lorsqu’une personne de ce groupe social examine le monde autour d’elle, ce sont souvent ses propres valeurs, expériences, idées et croyances qu’elle y trouve. Par exemple:

  • Les histoires relatées à la télévision sont habituellement sur les personnes qui lui ressemblent et qui agissent, pensent et vivent comme elle.
  • Les livres sont souvent rédigés par des personnes qui partagent son point de vue, qui lui ressemblent et qui agissent, pensent et vivent comme elle.
  • Les gens qui sont dans une position de pouvoir (par exemple au travail, dans la vie publique ou politique) ont tendance à lui ressembler, à agir, à penser et à vivre comme elle.

Dans le contexte francophone, les Francophones issues des communautés ethnoculturelles marginalisées peuvent avoir l’impression de ne pas être sur le même pied d’égalité que les autres membres de la grande collectivité francophone. Pour leur part, les Francophones nés et élevés au Canada forment eux-mêmes une minorité au sein de la société anglophone majoritaire.

  • Par exemple : Une personne francophone dite de « souche » se trouvant dans un milieu minoritaire est sujette à un déséquilibre du pouvoir et pourrait être traitée de façon inéquitable par rapport au groupe majoritaire anglophone. Par contre, contrairement à la personne francophone d’un groupe ethnoculturel marginalisé, la personne francophone de « souche » a, dans la plupart des cas, plus de pouvoir et de privilège au sein de la collectivité francophone. Cette dynamique du pouvoir a un impact significatif sur l’identité et le sentiment d’appartenance des personnes.

L'adultisme

Est-ce qu’une ou un adulte vous a déjà dit lorsque vous étiez jeune : « Tu comprendras un jour », « Tu ne connais encore rien de la vie », ou « N’en fais pas une montagne »?

Quand vous avez essayé d’exprimer vos pensées ou de vous affirmer, est-ce que quelqu’un vous a dit : « Sois poli », « Tu me dois le respect, je suis plus vieux que toi » ou « Fais ce que je te dis et ne pose pas de questions ». Avez-vous observé qu’on ne critique pas ou qu’on ne questionne pas les adultes qui s’affirment ou qui adoptent des comportements identiques?

Quels sentiments ces mots et ces contradictions ont-ils provoqués? De la frustration? De l’incompréhension?

Pour vous aider à imaginer ce que peuvent ressentir les jeunes de votre entourage quand une ou un adulte agit ainsi, essayez de vous rappeler comment vous vous sentiez à leur âge lorsqu’on vous répondait de cette façon. Les jeunes peuvent avoir l’impression que nous les considérons comme étant inférieurs ou moins importants ou qu’ils ont moins de crédibilité tout simplement à cause de leur âge.

Cette approche de « deux poids deux mesures » transmet le message que les expériences de vie des jeunes, leurs observations, leurs réactions, leurs opinions, leurs croyances, leurs émotions et leur instinct n’ont aucune validité et qu’ils ne doivent pas s’y fier. C’est un des aspects de l’adultisme qui repose sur la présomption que les adultes sont supérieurs aux enfants, aux adolescentes et aux adolescents.

Le déséquilibre du pouvoir qui existe entre les adultes et les enfants ou les jeunes est inévitable, voire même essentiel, car les adultes ont la responsabilité d’assurer la sécurité, le bien-être et le développement sain des enfants et des jeunes. Pour ce faire, ils ont parfois besoin de se servir de leur pouvoir en tant qu’adultes. Toutefois, lorsque les adultes se servent de leur pouvoir pour dominer les jeunes ou nuire à leur développement sain, il s’agit d’adultisme.

L’adultisme se manifeste par des gestes ou des paroles des plus subtils et mesurés aux plus explicites, envahissants et extrêmes. Nous sommes témoins d’exemples d’adultisme tous les jours dans les interactions interpersonnelles très courantes entre les adultes et les jeunes. Parfois, l’adultisme passe inaperçu, car nous considérons la situation comme étant « normale ». À l’autre bout du continuum se trouve l’agression physique, psychologique ou sexuelle que subissent les jeunes aux mains d’une ou d’un adulte. Il s’agit d’une forme d’adultisme extrême.